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28 juin 2018

Régis LAGUESSE : « Regrouper les entités pour un club fort »

LAGUESSE : assurer la transition jusqu'en 2020...
Régis LAGUESSE : « Regrouper les entités pour un club fort »

Directeur de la Katumbi Football Académie depuis sa création, Régis LAGUESSE a récemment été promu comme Directeur Technique chapeautant le TP Mazembe, le CS Don Bosco et les entités de formation. Avec la mission importante de donner au club les moyens de réussir une phase de transition délicate et de s’armer pour l’avenir. Comment LAGUESSE a-t-il réagi à cette nomination ? Quels constats fait-il et comment veut-il organiser son travail ? Le plus simple était de le lui demander. Voici ses réponses.

Quelle a été votre réaction lorsque vous avez appris votre nomination?

J’ai d’abord été surpris. Pour tout vous dire, les jeunes de l’Académie ayant atteint le meilleur niveau, je suis allé rencontrer le Chairman Moïse KATUMBI pour lui dire que je pensais avoir terminé ma mission à la tête de la KFA. Après 7 ans à Lubumbashi, j’estimais avoir fini le travail. Dans nos échanges, j’ai été très honoré de la proposition qu’il m’a faite, celle de continuer à travailler pour lui et pour le TPM. En tant que Directeur Technique. Ça a été une surprise et je me suis senti très honoré.

Lors de votre rencontre avec le président KATUMBI, comment vous a-t-il expliqué son choix ?

Il m’a expliqué son choix d’une façon assez simple, et que j’ai bien comprise pour avoir longtemps travaillé sur cette formule. En Europe, par exemple, tous les clubs sont organisés avec le noyau A et B, les équipes des jeunes U18, 16, etc., à côté du centre de formation. L’organisation du football au Congo ne permet pas de mettre en place cette formule. Le Président Moïse KATUMBI m’a demandé de regrouper toutes les entités tout en conservant à chacune son nom pour former un seul club, une pyramide qui part du bas tout en y ajoutant la préformation (avec l’Ecofoot Katumbi) de façon à ce que toutes les équipes et entités convergent naturellement vers le sommet qui est l’équipe professionnelle du TPM.

Comme directeur de la KFA, vous suivez la quasi-totalité des matches des Corbeaux. Quels constats avez-vous faits au fil des saisons ?

Quand je suis arrivé à Lubumbashi, il y a 7 ans, j’ai assisté aux différentes victoires du TPM en championnat national et Coupes Interclubs. J’ai vu de très bons joueurs. J’ai aussi vu jouer les coachs Pamphile MIHAYO, Isaac KASONGO et Robert KIDIABA, des joueurs de classe comme Mbwana SAMATTA, Félix SUNZU entre autres.  La plupart est partie et un grand nombre ne joue plus. Malgré cela, le TPM s’est maintenu au très haut niveau grâce aux efforts du Chairman. Le club est toujours au plus haut niveau, mais on s’aperçoit aujourd’hui qu’il vit entre deux générations. Je savais que ça arriverait à un moment donné. On est dans une période de transition, il faut l’assumer le mieux possible, pour le club et aussi pour nos supporteurs.

Quels vont être les grands axes de votre travail ?

L’objectif est d’amener au plus haut niveau et le plus vite possible les Académiciens qui en ont la capacité et les compétences et d’assurer la transition. De faire jouer tout l’effectif disponible, qu’il soit de l’Académie ou pas, de façon à assurer – même dans cette période de transition – un standing élevé parce que le TPM se doit de conserver son rang malgré les difficultés conjoncturelles que l’on connaît.  

Sur le plan de la philosophie du jeu, quels sont vos modèles ?

J’admire le jeu intelligent. J’ai eu la chance de débuter comme professionnel au SCO d’Angers, à l’époque on pratiquait le meilleur football de France, ça m’est évidemment resté. Ensuite, le maître c’était Yohan CRUFF et son modèle du Barca. Il y a quelques années maintenant, j’admirais le Arsenal de la grande époque. J’ai bien aimé l’évolution de ZIDANE au Real Madrid. Ce sont autant de guides et de repères que j’essaie d’approfondir. Globalement aussi, le football de GUARDIOLA et sa philosophie me conviennent bien.

Comment concevez-vous vos relations avec les entraîneurs du TPM ?

Je le souhaite et ne doute pas qu’elles seront cordiales et professionnelles. Premièrement cordiales parce que ce sont des joueurs issus du club et de toutes ses entités. En deuxième lieu professionnelles dans la mesure où c’est une obligation d’avoir des échanges quotidiens. Le football évolue très vite, énormément. Le professionnalisme doit être renforcé à tous les niveaux du club, de la préformation au sein d’Ecofoot Katumbi jusqu’à l’équipe première. Je souhaite que tout le monde soit concerné, que tous les joueurs pratiquent le même football, ce qui va faciliter la transition au fur et à mesure de leur évolution. Je souhaite que le TPM, non seulement gagne toutes les grandes compétitions, mais en plus les gagne en pratiquant un jeu dont on parlera partout en Afrique et même au-delà des frontières continentales.

Resterez-vous en place à la KFA ? Est-ce compatible ? Y aura-t-il un recrutement au staff de l’Académie ?

Oui. Le Chairman Moïse KATUMBI m’a demandé de rester Directeur Général de la KFA, mission que je veux continuer à assumer en désignant tout de même Johan CURBILIE au poste d’adjoint. Etant psychologue diplômé, Johan est un cadre très important dans le domaine de l’éducation.

Je ne pense pas qu’il y aura des problèmes à concilier les deux fonctions. Au contraire, ce sera une très bonne chose quant au passage à la KFA des élèves qu’on aura recruté à travers la ville de Lubumbashi, le suivi et leur intégration dans l’équipe professionnelle. Je pense aussi à un ou deux recrutements d’encadreurs dans le cadre de l’internat où on a besoin de personnes qui soient sur place et à temps plein. On fait en sorte, depuis le début, d’avoir des gens à la fois capables d’assurer la surveillance de l’internat mais également d’animer les entraînements de façon à ce que les mêmes personnes soient concernées dans l’encadrement.

Combien d’Académiciens seront, selon vous, prêts à entrer dans l’effectif pro du TPM au cours des deux prochaines saisons ?

Au cours des deux prochaines saisons, en y regardant bien, il y a une vingtaine de joueurs de la KFA qui seront capables d’intégrer l’équipe professionnelle. Je mets l’horizon à la fin de 2019. Il y a déjà Glody LIKONZA, un espoir du TPM et du football congolais. Dans l’effectif de la KFA, il y a d’autres Glody LIKONZA. Bien évidemment, ce ne sont pas 100% d’Académiciens qui parviendront au plus haut niveau. Certains atteindront le niveau Ligue 1 mais pas celui du TPM, mais on va essayer d’en avoir le maximum. On essayera aussi de ne pas rater des talents de Lubumbashi, on va travailler pour que les meilleurs de la ville se retrouvent dans notre centre de formation et qu’ils arrivent, un jour, à faire partie du TPM.  

Comment voyez-vous la suite du parcours africain du TPM cette saison ?

Très honnêtement, la suite est compliquée, compte tenu du contexte. On est très bien parti avec deux victoires. Il faut maintenant sortir du groupe, après il y a le tirage au sort. La période de transition contractuelle de beaucoup de joueurs ne va pas faciliter le travail de l’entraîneur. C’est clair. Ce sera le moment où toutes les forces du club doivent s’unir pour essayer de tout donner afin d’avoir les meilleurs résultats possibles. Cela en fonction de nos capacités actuelles, même si, je le répète, on aborde une période transitoire qui va être compliquée. Je le le pense vraiment et le dis.

Comment feriez-vous votre portrait ?

C’est toujours un peu compliqué de parler de soi-même. J’aime bien à la fois être au bureau et sur terrain. Je suis disponible 24h sur 24. L’encadrement des footballeurs n’est plus un métier pour moi, mais un plaisir et une passion. J’aime toujours apprendre et transmettre. Je passe une partie de mes journées à lire, apprendre, écouter, regarder et observer. Compte tenu de mon âge, je me dois de transmettre mes observations et connaissances à mes collaborateurs et toute personne avec qui j’ai la chance de discuter, pas seulement du football mais de la vie. J’essaye de les faire progresser et de progresser moi-même. Sinon ça ne sert à rien… 

Un message à l’adresse des supporteurs ?

Ce n’est pas le côté le plus simple de l’interview parce que je connais le contexte du TPM. Depuis mon arrivée, j’ai assisté à des grandes victoires mais aussi à des finales perdues à Kamalondo. Mais les supporteurs ont su rester dignes. Les dernières semaines ont été difficiles pour le club. J’ai travaillé en Côte d’Ivoire où il nous était arrivé d’être caillassés par les supporteurs malgré des résultats probants. L’événement récent où le bus du club a été vandalisé et la terrasse du coach Pamphile détruite, m’a choqué, c’est vrai.

Depuis 20 ans, le Chairman Moïse KATUMBI a mis des moyens importants afin que le TPM gagne des titres et ait un gros palmarès comme aucun club au monde ne l’a fait dans une période aussi courte. Les supporteurs peuvent, bien sûr être fiers de ce palmarès et à la fois exigeants. Mais les vrais supporteurs, on les voit  dans les périodes moins fastes pour le club. Tous les clubs prestigieux ont vécu des moments difficiles, c’est pendant cette période qu’ils ont le plus besoin des supporteurs.

C’est bien de fêter des victoires, d’exiger que les joueurs donnent le maximum d’eux-mêmes, mais c’est encore mieux de soutenir l’équipe dans la difficulté. Pour les raisons que tout le monde connaît, ce sont des moments très difficiles que vit le club. Il faut donc un comportement exemplaire des supporteurs parce qu’il y a trois résultats dans un match de football : victoire, nul et défaite.

L’essentiel est de ne pas tricher. A partir du moment où les joueurs et le staff technique sont corrects, les résultats suivent. Je peux vous assurer que Pamphile MIHAYO et son staff travaillent dans des conditions que leurs prédécesseurs n’ont pas connues. Je compte énormément sur le soutien des supporteurs, ils peuvent aussi compter sur moi pour essayer de tirer le maximum de tous nos joueurs qui doivent rendre au TPM ce que le club fait pour eux. Quand au staff technique, je ne doute pas de sa qualité.

Quelle est la question que vous auriez aimé que l’on vous pose et à laquelle vous allez essayer de répondre ?

Comptez-vous rester longtemps encore longtemps à Lubumbashi et au TPM ? La réponse est simple : lorsque je suis venu ici, je pensais faire un an, deux ou peut-être trois. En France, on s’étonne de la longévité dans un même club, c’est rarissime. Moi-même, je souhaite rester le plus longtemps possible, mais surtout que le travail que j’aurais accompli survive. Les hommes passent partout dans les clubs comme dans les institutions mais ce sont ces dernières qui restent. La meilleure des récompenses serait de laisser une trace au TPM et des preuves d’un travail bien accompli, en compagnie de tous ceux avec qui j’ai le plaisir de travailler à Lubumbashi.

Ma plus grande satisfaction sera de continuer à apporter toute l’aide possible au Chairman Moïse KATUMBI et à son épouse Carine KATUMBI, avec laquelle j’ai eu le privilège de travailler dans le projet KFA.



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